Industrie

L’industrie automobile tchèque attire les investissements français par milliards

Le compteur de vitesse approche la limite de 130 km/h, les yeux surveillent l’autoroute, mais pour dépasser une voiture plus lente par la voie de gauche, le volant tourne tout seul.

Les mains du conducteur sont tranquillement posées sur ses cuisses. A ce moment-là, la voiture n’obéit pas aux ordres du chauffeur, mais à ceux de systèmes automatiques. Des lasers spéciaux scannent l’environnement sans interruption et repèrent tout obstacle à la circulation. Les données sont ensuite traitées par l’ordinateur de bord. Tout le système a été conçu par Valeo, une multinationale siégeant à Paris. C’est dans cette même ville qu’a commencé et fini un parcours d’essais de 4 jours et 4000 kilomètres dans des conditions de circulation réelle. Le moins de travail possible pour la gestion du véhicule par les conducteurs, c’est depuis 2013 le sujet de recherche du centre de R&D de Valeo dans le quartier pragois de Hloubětín. Sur le parking de ce site, on peut rencontrer des voitures qui se garent sans personne à bord. Les ingénieurs y conçoivent des systèmes de sécurité active – par exemple celui qui surveille l’angle mort à la place du conducteur.

Le développement des systèmes d’assistance est la cible d’investissements se chiffrant en milliards de couronnes dans les usines automobiles du monde entier, car cela semble être la tendance de l’avenir. Les locaux et les 300 employés actuels ne sont donc plus suffisants pour Valeo à Hloubětín. En décembre, l’entreprise va ouvrir un centre flambant neuf à Hostivař à Prague, investissant là 600 millions de couronnes (22 millions euros). En trois ans, Valeo prévoit de recruter 200 employés supplémentaires.

« Notre but est de renforcer la position du centre de R&D pragois au sein du groupe Valeo et d’inscrire la République tchèque comme une « Silicon Valley » européenne sur la carte de la recherche dans l’industrie automobile mondiale », selon la vision de l’avenir de Gábor Iffland, directeur de la communication de l’entreprise.

De nombreuses entreprises françaises ou multinationales d’origine française investissent dans l’industrie automobile tchèque. A titre d’exemple, à Hořovice près de Beroun, la société Saint-Gobain Sekurit produit des pare-brise et des vitres que l’on retrouve dans la moitié des voitures européennes. Cette usine de Bohême centrale est spécialisée dans les vitres spéciales – affinées,  chauffées ou encore affichant des informations importantes lors du trajet. En juin 2016, Saint-Gobain a lancé une nouvelle ligne de production qui a coûté un milliard de couronnes (37 millions d’euros) et qui va doubler la capacité de production de l’usine, également grâce à une plus grande automatisation. « Dans les années à venir, nous allons poursuivre nos investissements, notamment dans la productivité du travail et la modernisation de l’équipement » déclare Martina Hasmanová, directrice générale de la société.

11,5 milliards de couronnes et 6500 postes

D’après les chiffres de la banque nationale tchèque les plus récents, datant de 2014, les entreprises françaises ont jusque-là investi 11,5 milliards de couronnes (426 millions d’euros) dans les entreprises en relation avec la production de véhicules ou de remorques. En une seule année, ce chiffre a bondi de plus d’un milliard de couronnes (37 millions d’euros). Depuis 1993, les entreprises qui sont passées par les bureaux de l’agence CzechInvest, ont créé à elles seules plus de 6 500 emplois. De surcroît cette statistique ne prend pas en compte les 3 000 employés de l’usine TPCA, car celle-ci est franco-japonaise. Au passage, pour ceux qui sont intéressés par la vitesse de travail demandée aux employés ou par le rôle des robots dans la production dans cette usine, ils peuvent regarder la vidéo « Comment naissent les triplettes de Kolín » sur la télévision en ligne Playtvak.cz.

D’après le ministre des Affaires étrangères, c’est TPCA (conjointement avec Valeo déjà mentionné et Faurecia, qui produit des sièges, des intérieurs et des systèmes d’échappement dans 7 usines situées de Písek jusqu’à Mladá Boleslav) qui se classe parmi les plus grands investissements français dans le pays. L’usine de Kolín a ouvert ses portes il y a 10 ans et rien qu’en 2015, près de 130 000 véhicules Peugeot et Citroën y ont été produits (la production totale annuelle s’élevait à 220 000 véhicules). La plupart de ces voitures a un moteur de 1,0 litre, c’est la catégorie ou les voitures françaises sont les plus présentes.

« Dans le segment des véhicules utilitaires, les marques françaises représentent 35 % du marché tchèque et plus encore ailleurs en Europe, car elles offrent un bon rapport qualité prix » confirme Zdeněk Petzl, directeur du secrétariat de l’Association de l’industrie automobile. Par exemple le prix d’un Citroën Berlingo Multispace est de 334 900 couronnes (12 400 euros).

La part totale des voitures particulières françaises sur le marché tchèque est moins importante. D’après les estimations d’AutoSAP, elle représente approximativement 12 % et se classe alors dans la deuxième moitié de la première dizaine de constructeurs. Si l’on range les différentes marques selon les derniers chiffres connus du nombre des voitures particulières vendues en Tchéquie, Peugeot se classe cinquième, Renault septième et Citroën huitième.

Une concurrence féroce pèse sur les producteurs et les fournisseurs

« Le secteur automobile est extrêmement concurrentiel. Les marges dans la vente des composants ne sont en général que de quelques pourcents. Les producteurs doivent se rapprocher le plus possible des sites de production des véhicules » ainsi Petzl décrit-il la situation du marché. C’est effectivement le transport, au départ pour le compte de TPCA, qui est le domaine d’activité d’un autre géant d’origine française lié à l’industrie automobile, la société logistique GEFCO.  Grâce à une demande croissante, cette entreprise élargit ses activités à des préparatifs de postproduction des véhicules tels que la peinture des accessoires ou les autocollants personnalisés. Mais en même temps elle continue à coopérer avec les sociétés Peugeot et Citroën.

Les véhicules intégralement produits en République tchèque nécessitent également des opérations logistiques d’envergure, car une part importante de la production locale est destinée aux marchés étrangers. Plus concrètement, dans le cas de TPCA, c’est en premier le cas de la Grande Bretagne, ce qui explique la production de voitures avec le volant à droite. En 2015, l’usine a livré 36 000 véhicules en France, et parmi les cinq premiers clients on trouve encore l’Italie, dont la demande est en hausse, l’Allemagne et les Pays-Bas. Le marché français est aussi la destination de bus, le plus souvent scolaires, de marque Iveco.

Les entreprises françaises du secteur ne se limitent pas à la production de composants et de véhicules, il faut aussi mentionner leurs autres produits innovants. Elles s’intéressent en particulier au développement des transports dans le cadre du concept des « Smart cities » – les villes intelligentes. C’est encore de France que la société Blablacar, intermédiaire en co-voiturage et qui tente d’alléger le trafic des villes envahies de véhicules, est arrivée sur le marché tchèque. Et peut-être même qu’un jour prochain les routes tchèques seront couvertes d’un revêtement spécial en panneaux solaires, testé actuellement en France sous le nom de Wattways.

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